Gilles, cher Gilles,
Pas facile de parler de toi quand d’autres ici présents ont partagé avec toi des relations intenses soit professionnelles, soit privées, soit les deux, pendant plusieurs décennies…je serai donc très bref et me plie néanmoins volontiers à l’exercice de faire partager à tous, ta famille et tes amis, ce que j’ai retenu de l’Homme que tu étais. Je t’ai connu, il y a environ 25 ans et je dirais même « reconnu » puisque dans toute amitié c’est, avant toute chose, des êtres qui se « reconnaissent ».
J’ai aimé le Gilles entrepreneur et bâtisseur, j’ai aimé le Gilles fêtard, j’ai aimé le Gilles blagueur, j’ai aimé le Gilles tonitruant et aussi le Gilles pudique, j’ai aimé le Gilles généreux (parfois trop peut-être), j’ai aimé le Gilles sensible, j’ai aimé le Gilles fier, j’ai aimé le Gilles fragile quand il évoquait son enfance, j’ai aimé le Gilles « Papa » quand il évoquait Stéphane, Julie et ses petits-enfants, avec une lumière dans les yeux qui exprimait son amour mais aussi son regret selon lui de ne pas en avoir assez fait pour ceux-là et il maudissait cette satanée pudeur qui empêche souvent l’expression des sentiments, j’ai aimé le Gilles qui était capable de colères mais incapable de rancune, j’ai aimé le Gilles admiratif mais jamais envieux de la réussite des autres.
J’ai aimé le Gilles qui avait un regard détaché voire amusé sur les vicissitudes de sa vie professionnelle et qui avait mesuré le dérisoire et le fugace du « matériel », toi qui avais tout connu dans ce domaine, le meilleur comme le pire.
Et bien sûr, j’ai aimé le « Gilles-et-Nana »ou le « Nana-et-Gilles », tant il est impossible de dissocier ces deux-là. Vous êtes de ces couples, tellement rares aujourd’hui, dont il est impossible de dissocier les noms. Seul l’Amour inconditionnel peut réaliser cela.
Et puis, j’ai aussi aimé le Gilles que j’ai découvert les derniers jours de ta vie sur Terre, quand tu donnais le change malgré ta souffrance et que tu ne voulais rien faire apparaître de ta faiblesse.
J’ai aimé ce Gilles avec lequel j’ai parlé de la Foi, cette Foi que, pour ma part, j’ai découvert assez tard, et que tu avais en toi. Je t’ai demandé si tu avais peur de la mort et en réponse tu as évoqué ta Foi. J’avoue que tu m’as étonné car nous n’avions jamais évoqué ce sujet, trop occupés à déconner et boire des coups et je pensais bêtement que tu n’étais pas habité par cette grâce que j’avais eu la chance de recevoir.
J’ai aimé le Gilles avec lequel j’ai partagé des complicités triviales de potache que je n’évoquerais pas ici mais qui nous faisaient mourir de rire.
S’il n’y avait qu’un surnom pour te décrire, pour moi ce serait « Le Flamboyant », et c’est ainsi que j’aimais t’appeler et ça te ravissait.
Gilles, cher Gilles, on ne pouvait que t’aimer.
J’espère ardemment que Dieu, qui t’a accueilli près de lui, a le sens de l’humour et aussi la patience de Nana car je sais que tu ne pourras pas t’empêcher, même là-haut, d’être le Gilles Pagnier que nous avons aimé.
Et puis le Ciel, où tu te trouves aujourd’hui, tu le connais déjà un peu, c’est devenu un peu ta maison à force de l’avoir sillonné aux commandes d’avions ou d’hélicoptères avec tes amis de Haute-Savoie et d’ailleurs.
Au revoir l’Ami, tu nous manques déjà, tu nous manqueras encore, même si je sais que nous te reverrons quand notre œuvre à chacun sera terminée ici.
Aix-en-Provence le 15 mai 2024